Cité Blanche Gutenberg

Cité Blanche Gutenberg

Là-bas, au-bout de rien du tout

Ce matin, j’ai croisé David Vincent, un éleveur venu tout droit du Berry pour un repérage à Nanterre, la ville préfecture. Il s’est inscrit, il y a quelques mois maintenant, auprès de son syndicat d’initiatives pour une manifestation qui sort de l’ordinaire, « La Ferme Géante ».

 

De sa cabine de camion, il me regarde avec des yeux hagards mais bien posés juste au-dessus de pommettes bien roses. Il réussi cependant à extirper quelques mots accrochés au fin fond de sa gorge pour m’expliquer ce qu’il vient de vivre.

 

Il a rencontré des inconnus venus d’ailleurs. Leur destin c’est de vivre. David Vincent, les a vus !

 

Pour lui tout a commencé au cours d’un passage sur une route perdue dans un coin de la ville à la recherche d’un raccourci qu’il ne trouva jamais.

 

Tout a commencé lorsqu’il s’arrêta, écrasé de sommeil et de fatigue près d’une cité abandonnée.

 

Il décrit avec précision une cité blanche au-dessus de laquelle veille un rouge-gorge. Une activité intense règne dans ce domaine aux bâtiments rectilignes et posés en parallèles les uns des autres.

 

 

 

 

 

Il est persuadé que sa venue est tardive et que le décor de la ferme géante est déjà mis en place.

 

Soudain, un bruit le fait pivoter. Un ouvrier, tout de bleu vêtu, pousse un chariot sur lequel trône des  sortes de poubelles noires, uniques dans leur genre et tenant à peine à la verticale. Minutieusement, il en dépose une à chacune des entrées se trouvant  à intervalles réguliers le long de chaque bâtiment.   

Des cris d’enfants le réconfortent dans son idée que la ferme géante a déjà ouvert ses portes. Un gamin tenant un mouton avec une corde traverse le bout de bitume et s’enfonce dans un champ voisin. De la végétation à perte de vue agrémentée de fougères, de mûriers, de marguerites et de carcasses de voitures. Elle est insolite la campagne en ville.

 

Un groupe d’adultes assis à même le sol et  munis pour chacun d’eux  d’un verre à la main l’intrigue.

 

Il se décide de s’en approcher dans l’espoir de goûter un cru du pays. Arrivé à proximité, et comme par magie, le cercle formé par le groupe s’élargit et l’invite à prendre place. Aussitôt installé et en guise de bienvenue, un verre chaud et fumant lui est proposé. David Vincent découvre le thé à la menthe, une boisson qui ne doit exister que dans ce coin d’Ile de France.

 

Réchauffé de ce breuvage insolite, il parcourt les différentes allées qui s’offrent à lui. Au-détour de l’une d’elle, il tombe nez à nez avec des femmes affairés à confectionner des barbes à papa, histoire d’occuper les mômes qui accompagneront leurs parents venus des résidences du centre-ville et même celles du Mont Valérien. Curieux, David Vincent s’enquière de la méthodologie utilisée par les mamans et l’explication minutieuse lui fit comprendre que ce n’était point de la barbe à papa mais de la laine.

 

 

Un matériau d’origine animale provenant du mouton de l’Aïd El Kébir.

 

De surprises en découvertes, David Vincent sait maintenant que la Cité Blanche existe. Elle ressemble à tout autre lieu de vie mais elle a ses particularités qui en font son charme.

 

Désormais, il va se battre seul pour tenter de convaincre que là-bas, au bout de rien du tout et à la limite de la rue Gutenberg, il y a une âme insoupçonnée qui continue à vivre.

 

Kader SELMET

 

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23/11/2012
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