Cité Blanche Gutenberg

Cité Blanche Gutenberg

Je vous écris de la cité blanche... (1)

Je vous écris de la cité blanche, de sa porte d’entrée, à quelques pas de chez moi, là où j’ai habité pendant quatorze années. J’ai entrepris ce voyage dans le temps pour vous narrer une promenade imaginaire dans un décor réel, aujourd’hui disparu, un décor que vous connaissez et qui restera dans vos cœurs à jamais. Me voilà plongé plus de trente années en arrière, le temps d’une journée.

 

Les quelques habitants postés à cet endroit m’observent… On dirait que Mohamed Ghaïb me reconnaît. Je n’ose pas aller vers lui, je suis comme intimidé. Il faut dire que cette génération en imposait.

 

 

Au seuil de cette porte, me reviennent les souvenirs du temps insoucieux… Le temps où j’arpentais  la cité de long en large, passant d’un endroit à l’autre. Au seuil de cette porte, des images, des visages, des voix, des regards envahissent ma mémoire, impatients de retrouver la lumière.

 

Je franchi cette porte d’entrée de manière désinvolte, avec le sentiment de connaître le moindre coin et recoin de la cité et que rien ne me surprendra. Je suis envahie d’une immense joie indicible. Je suis à la cité, et cette idée simple me ravit. Mon large sourire trahi cette sensation.

 

Je reviens à la raison... La cité se dévoile sous mes yeux. Je longe le bâtiment qui se trouve sur ma gauche, celui du gérant, Monsieur Lorente, alias « rouge-gorge ».

 

 

 

Sur ma droite, je (re)découvre l’endroit qui a bercé une partie de mon enfance… juste derrière chez moi, un espace « vert » situé entre les bâtiments H et I… un espace que je connais par cœur. La magie opère. Je me sens emporté. J’ai la sensation d’être tout léger.

 

 

D’ici, je peux voir le décor de la cité : des bâtisses blanches montées sur deux niveaux, un rez-de-chaussée et un étage… Un appartement incendié vient ternir le décor.

 

Je continue ma balade, et sur le chemin, je croise un visage connu, celui d’El Haj Bachir et son air débonnaire. Il s’approche de moi comme pour mieux me dévisager. Il ne semble pas me connaitre. Mon attitude joyeuse l’interpelle. Il m’apostrophe, curieux de savoir qui je suis. En le voyant, me reviennent les images de Sadek et tout particulièrement de Aarbia qui était chargé entre autre de la distribution du courrier dans les allées I et J, là où j’ai habité. « Selmaaat ! Oua’ziiiz ! Draarii ! Kaiiis… », ainsi Aarbia s’égosillait pour nous faire part de notre courrier. On le voyait également déambuler dans l’allée avec sa charrette pour y charger les poubelles et les entreposer à la rue de Bezons. Une charrette dont la destination première avait été détournée par la suite pour servir, à l’occasion des mariages, de moyen de transport des vivres.

 

 

Je fais part à Elhaj Bachir de mon retour pour une dernière balade, un dernier tour de piste. Il m’accueille avec bienveillance. Il me fait promettre de retranscrire cette visite pour redonner vie à la cité. Je me suis fait un honneur de tenir cette promesse, de ressusciter un passé, le temps de ce récit. C’est par un dernier salut qu’il me souhaite une très belle journée…

 

Je quitte El Haj Bachir pour continuer ma balade.

 

Sur ma gauche, derrière le bâtiment B, là où habitaient les Bediaf, Khaled, Benayad, Bellal, entre autre, quelques enfants promènent leur mouton. Ça me rappelle les jours de l’Aïd el kebir où tous les enfants occupaient les moutons avant le sacrifice. Prendre soin de son mouton, en le promenant sur les terrains vagues ou les pelouses jadis interdites, sans qu’il nous échappe était un vrai plaisir. Il y avait une certaine proximité entre les membres de la famille et le mouton.

 

 

Quelques poules errent dans le coin, à la recherche de ver de terre, de quelques mies de pain ou de quelques insectes. Différents souvenirs de ce lieu m'accompagnent. Je me souviens, je passais par derrière ce bâtiment pour aller au collège. Bâtiment au bout duquel, un petit chien « bâtard » gris entravait mon chemin. Quelle peste c’était !

 

Plus loin, je pénètre dans le champ qui se trouve à proximité des bâtiments B et C. J’ai rarement joué à cet endroit. Mais j’en suis sûr que beaucoup d’enfants de la cité y ont usé leur fond de pantalon. Mes seuls souvenirs de cet endroit sont mes passages pour rejoindre le collège André Doucet.

 

 

Le temps passe. Je me rappelle qu'il me reste encore d’autres quartiers à (re)visiter et notre habitation à aller voir. Il me faut continuer.

 

Je continue mon chemin en direction du terrain de foot de la cité, là où de jeunes garçons s’adonnent à un match de football.

 

 

Le terrain de foot, ce lieu de détente sportive et de défoulement. Je les vois jouer… je les entends appeler le ballon « paasse ! paaasse ! » « ceentre ! », ou crier de joie après avoir marqué un  but « IYÉÉÉ ». Je me rappelle les moments passés sur ce terrain, à user chaussures et pantalons qui servaient également de tenue pour aller à l’école. J’y jouais tous les dimanches matins, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il fasse beau… le terrain était toujours praticable… enfin presque.

 

Aux abords du terrain, quelques enfants jouent aux billes ou attendent la fin du match pour occuper à leur tour cette aire de jeu.

 

 

Un de nos jeux favoris était le jeu de billes. On avait toutes sortes de billes… en argile ou en verre. Il y avait l’œil de bœuf, la porcelaine, les calots, … Impossible de me rappeler comment je m’en suis procuré la première fois. Je me souviens, je rentrai les ongles sales, remplis de terre. « kix », « flicha », « baliage »… tel est le vocabulaire utilisé par ces jeunes. Un vocabulaire impossible à comprendre si on n’a pas trompé dedans. Ces enfants sont tellement occupés qu’ils n’ont pas remarqué ma présence. Je les laisse jouer et poursuis ma balade.

 

Je suis attiré par des jeunes qui jouent dans le parking avec la carcasse d’une voiture, abandonnée par son propriétaire.

 

 

Hamlili (Masmoudi) brandit le bras droit comme un signe de victoire. Sans doute est-il en train de rejouer une scène de Goldorak : Fulgure aux poings ! Samir (Alla) debout sur la voiture savoure cet instant, empreint d’une sensation qui m’échappe. Tous les deux semblent triompher. Ils sont tellement heureux.

 

Non loin de là, j’aperçois à travers ces carcasses quelques jeunes en train de jouer aux cartes, étendus sur la pelouse.

 

 

Je décide de leur rendre visite…

 

 

A quel jeu de cartes jouent-ils ? La ronda ou la belotte ? Peu importe en sorte… ils ont l’air tellement paisibles. Je n’ose pas trop les déranger.

 

Non loin de là, aux abords du parking, cinq jeunes filles ingénieuses ont improvisé une balançoire… C’est magnifique ! Très astucieux. Vous êtes vraiment géniales les filles. Bravo, vous avez réussi à me faire rire.

 

 

Il suffit de pas grand-chose pour s’improviser une aire de jeu. Difficile de les quitter, tellement c’est agréable de les voir heureuses.

 

Dans l’empressement, je me dirige vers les bâtiments D, E et F. Sur le chemin, deux petites filles s’amusent à la dinette… et là aussi, on joue avec les moyens du bord et on fait preuve d’intelligence.

 

 

Je me dirige tout droit, au bout de ce bâtiment, là où habitait notre chère vendeuse de bonbons et autres sucreries, Qadria.

 

 

Il ne suffisait de pas grand-chose pour se payer un bonbon. Vingt centimes suffisaient… la petite monnaie que je subtilisais par-ci, par-là, après avoir acheté le pain ou le lait. (Pardon maman).

 

Je vous écris de la cité blanche, de cet endroit qui donne en face de la cage d’escalier où habitait Qadria, de cet endroit qui a marqué un tournant dans la vie de la cité… avec la mort d’Abdenbi.

 

Ici, je marque la fin d’une première partie de balade bien pleine. Je vous raconterai la suite de ma balade très prochainement.

 

(à suivre)

 

Djamel SELMET

 

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05/10/2012
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