Cité Blanche Gutenberg

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Ramadan au bidonville

Aujourd'hui toutes mes pensées sont dirigées vers le terrain vague de la rue des Prés. Dans les bicoques, collées les unes aux autres, vivaient des femmes, des hommes et des enfants dont le seul souci était la survie dans ce milieu dégradant.

Mais un mois de l'année sortait du lot, un mois que nous, les enfants, attendions avec impatience. Les femmes sortaient tout leur savoir-faire culinaire en ce mois particulier. Elles excellaient dans la préparation des repas. Au-dessus du bidonville planait, les saveurs et les parfums de toutes les régions d'Algérie et du Maroc. Ce n'était que senteur de cumin, coriandre, seffa à la cannelle et j'en oublie! (surement les plus parfumées). En tout cas, l'odorat était à la fête.

Ce mois chamboulait la vie des habitants. Les familles mangeaient à la même heure en symbiose. Les dattes, le lait, la chorba ou harira, le matlou3, le thé, café étaient dressés sur la midah.

On pouvait dire une midah de fiesta ! Nous, les enfants, ne comprenions pas encore ce que représentait ce mois si spécial. C’est en commençant à jeuner que le véritable sens nous apparaissait;

Pour le "shhor" il suffisait qu'une seule famille se  réveille et toutes les autres suivaient.

On les entendait préparer de nouveau la midha, aller chercher de l'eau dans la cour pour le thé.

On s'entendait vivre comme un seul cœur et une seule âme.

C’était cela le Ramadan au bidonville, un mois où la nourriture terrestre et la nourriture spirituelle prenaient chacune sa place.

Il faut le reconnaitre, le mois du Ramadan rendait les cœurs collectivement solidaires.

 

Rkia Souni



10/07/2013
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