Cité Blanche Gutenberg

Cité Blanche Gutenberg

Ma cité blanche 2

Récemment vous m'avez fait l'honneur de m'accompagner dans la visite virtuelle de notre appartement de la cité Blanche. J'espère que cette "promenade" vous aura plu ?

 

De nouveau, je vous ouvre les tiroirs bien rangés de ma mémoire pour partager avec vous quelques souvenirs.

 

Cet appartement nous l'avons aimé dès les premiers instants, c'était tellement grand que nos voix y résonnaient… peut-être aussi parce qu'il était peu meublé. A part nos vêtements et quelques bric-à-broc, que pouvions-nous emporter d'autre des baraques?... Pas grand-chose mise à part cette force qui nous a permis de "supporter l'insupportable".

 

Avec cet emménagement, nous allions, nous aussi, entrer dans le monde de la  consommation qui, jusqu'à présent, s'était arrêté aux frontières du bidonville.

 

A partir de juin 1971, le monde qui nous entourait pénétra petit à petit dans les chaumières. Il apporta avec lui bien des avantages: dorénavant, pour étancher notre soif, nous buvions de l'eau bien fraiche sortie du réfrigérateur. Ce "frigidir" tant souhaité pendant les grandes chaleurs au bidonville, trônait désormais dans la cuisine. Les appartements se meublèrent avec entrain: les tables, les chambres à coucher, les loge-tout de cuisine, ces meubles neufs, d'occasion ou dépareillés, trouvaient leur place dans les nouveaux logis et étaient bien appréciés.

 

Au bidonville, le regard des voisins ne dérangeait pas. Nous vivions presque ensemble. Les murs n'étaient là que pour délimiter l'espace de chaque famille. Les portes, de simples tasseaux de bois sur lesquels étaient clouées des planches, laissaient s'échapper par les interstices des instants de votre vie, et personne ne s'en offusquait.

 

Après l'euphorie de l'installation, les fenêtres, seules ouvertures sur les autres, furent habillées de rideaux et de doubles rideaux. Maintenant les voisins n'avaient plus droit de regard, il fallait protéger cette nouvelle vie. Le rideau venait de tomber sur "le vécu" du bidonville.

 

Notre vie se modifiait puisque les pères acceptaient le progrès dans leur logis. L'évolution était en route... je m'explique... au bidonville, les femmes qui utilisaient les boites de conserve, étaient pour certains esprits, des femmes "sans bras" et feignantes. Alors qu'à la cité, les hommes commencèrent à acheter des machines à laver pour leurs femmes. Je vous vois sourire!! Mais pour moi qui vivais ce changement de l'intérieur, c'était un pas de géant. Les us et coutumes se remaniaient. 

Rkia Souni



08/03/2014
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