Cité Blanche Gutenberg

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L’empreinte du patriarche - Août 2012

Son accent doux et légèrement chantant trahissait son origine profondément enracinée dans l’extrême ouest algérien (Nédroma) qu’il quitta pour la France une première fois, au milieu des années 50, avant d’y revenir pour émigrer plus définitivement avec femme et enfants, au tout début des années 60.

 

Avec sa famille, El haj si Mokhtar s’installa dans l’un des bidonvilles du Petit Nanterre avant d’intégrer
durablement l’un des 66 logements de la cité des Potagers, implantée dans ce même quartier aux abords de la A 86.

 

 

Bien que n’ayant jamais habité la cité blanche, El haj si Mokhtar, à l’instar de El haj si Abdelmoumène Mendli et de si Moussa, marqua de son empreinte la vie de notre modeste mosquée. En effet, une décennie durant, il conduisit assidûment les prières spécifiques du Ramadhan (Taraouih) ainsi que les cérémonies de l’Aïd (el f’tir et el adha).

 

Toujours couvert d’un turban traditionnel sur la tête et de lunettes sombres, son visage et sa silhouette frêles respiraient l’humilité, la modestie, la dignité. Malgré sa popularité, car il était aimé et apprécié des fidèles et autres habitants, il n’usa jamais de sa position de « référent religieux » pour orienter les projecteurs sur sa personne. Souvent en retrait, il se contentait de transmettre des valeurs simples, des valeurs nobles, des valeurs authentiques fondées sous le prisme de l’amour pour les autres.

 

Son enseignement du Coran à la mosquée des Pâquerettes, dont il fut l’un des tous premiers fondateurs au milieu des années 70, contrastait fortement avec les « méthodes rustiques » de si Moussa. Son amour pour les enfants, qu’il percevait avant tout comme des malaïka (anges en arabe), l’amenait à privilégier un enseignement en douceur, sans cesse, accompagné d’encouragements et de
gratifications. Sa pédagogie était à l’image de son mode de vie  mais aussi à l’image de la relation
affectueuse et protectrice qu’il sut tisser avec ses propres enfants.

 

Nombreux sont les enfants du quartier qui se souviendront de cet homme tendre et avenant. Cet homme qui arpentait quotidiennement l’avenue de la République, d’un pas saccadé. Au hasard d’une rencontre, il n’hésitait pas à prodiguer conseils et autres recommandations. Cette « relation patriarcale », continuellement accompagnée de tendresse et de respect, se ponctuait souvent par la remise d’une confiserie, rarement absente de ses poches.

 

Fragilisé par une infection pulmonaire, El haj si Mokhtar s’en est allé en 2011, à l’âge de 91 ans.

Après El haj Ahmed El Hasnaoui (imam mal voyant), après El haj si Abdelmoumène Mendli, le départ d’El haj si Mokhtar vers l’autre monde c’est une lumière supplémentaire de notre histoire qui s’est éteinte.

 

Mohamed SELMET

 

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15/08/2012
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