Cité Blanche Gutenberg

Cité Blanche Gutenberg

Chronique annoncée d'un territoire condamné

Au moment où l'Etat décidait de construire dans l'urgence la cité de transit Gutenberg, l'EPAD (Établissement Public d'Aménagement de la Défense) rachetait progressivement les pavillons aux alentours, situés le long des rues de Bezons, Doucet et Gutenberg mais aussi le long des avenues de la République et Hoche.

 

 

 

Les espaces ainsi libérés par la centaine d'opérations d'expropriation, pour cause d'utilité publique, ont fait l'objet de nombreux projets de construction dont l'installation d'une caserne de gendarmerie (1976). Ce dernier projet, comme tant d'autres, a essuyé une fin de non-recevoir de l'EPAD (propriétaire de ces terrains) au motif que ce vaste secteur de plus de 50 hectares constituait une réserve foncière devant faire, le moment venu, d'un plan d'ensemble pour un aménagement en rapport avec son exceptionnelle desserte tant routière que ferroviaire.

 

Quarante années après l'inauguration en grande pompe de la " cité blanche ", ce territoire -en grande partie en friche- s'est transformé progressivement au gré d'aménagements urbains de grande ampleur : En 1977, apparition des premiers éléments du viaduc ferroviaire  permettant d'abord au transilien (1979) de relier Paris à Cergy-Pontoise puis au RER (1988) de desservir Poissy. En 1979, une nouvelle artère routière voyait le jour. La RN 186, baptisée avenue de la commune de Paris (située entre la rue de Bezons et l'avenue de la République),  éventrait -sans scrupule- notre espace de jeux et d'aventure que l'on appelait le "champ". Cet espace où pas un enfant de la cité qui un jour n'a pas gambadé sur ce terrain accidenté, qui un jour n'est pas entré à la maison les mains noircies pas la terre charbonneuse de ce lieu, qui un jour n'a pas cueilli des mûres sauvages ou dégusté une tige de "besbesse " (aneth) ou qui un jour n'a pas sorti le mouton de l'Aïd vers cet espace – riche en herbes grasses – pour permettre à celui qui allait être sacrifié de goûter à ces derniers instants de plaisir. La mutation s'est poursuivie plusieurs années après la résorption de la cité (1985). En effet, NOTRE paysage a été définitivement défiguré par les tracés autoroutiers A14 (autoroute à péage qui relie la Défense à Orgeval, mise en service en 1989) et A86 (tronçon Nanterre-Pont de Chatou, mise en service en1992). Enfin, les parcelles foncières occupées jadis par le stade Georges Hany (terrain du Chabab), les bidonvilles de la rue des Près et la cité A. Doucet (cité vieille) accueillent, depuis 2006, un parc départemental d'une superficie de près de 15 hectares. Aménagé à partir des bords de Seine, il s'étend entre l'avenue Hoche et les papeteries. Le cliché ci-dessous rend compte de l'impact des aménagements entrepris sur ce territoire depuis plus de trente ans maintenant.

 

 

A travers ces mutations urbaines apparaissent désormais des paysages stériles jonchés d'édifices, comme des paquebots échoués, en rupture d'échelle humaine.  Une métamorphose qui vient s'inscrire de front à NOTRE environnement quotidien qui renvoyait, certes une image hideuse de précarité et de relégation, mais qui -de l'intérieur- respirait à plein poumon l'humilité, la simplicité, la dignité, la fraternité, la solidarité, et la joie de vivre...

 

À travers ce blog, ce territoire restera à jamais comme un musée qui nous permettra, à la fois, de nous ressourcer mais aussi  de transcrire et de transmettre à nos enfants NOTRE HISTOIRE.

Mohamed SELMET



13/07/2012
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