Cité Blanche Gutenberg

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Elève numéro 5501

L'élève numéro 5501. Un sacré numéro qui est entré dans ma vie en fauteuil roulant et en toute simplicité. Sa mobilité était réduite au minimum… mais son esprit très vif et ses capacités intellectuelles bien au-dessus de la moyenne. Il ne venait à mes cours qu'une heure par semaine, car dans tous les actes de sa scolarité il avait besoin d'assistance. A part ça il était un enfant comme les autres, facétieux et souriant.

Je me souviens d'une « récré » où il pleuvait des cordes, il passait à fond la caisse dans les flaques avec son engin motorisé, faisant jaillir des gerbes d'eau pour arroser ses camarades. Un garnement. Après ça il était mouillé lui aussi et se faisait engueuler comme les autres.

Une autre fois, un élève était tombé et s'était blessé. Comme il ne se relevait pas… lui est arrivé avec son engin si bien équipé et il a mis les warnings de détresse et fait retentir une sirène puissante. On ne savait pas qu'il avait toutes ces options. Ce petit bout d'homme avait un grand sens de l'humour et de la dérision, signe indiscutable d'intelligence.

Il m'a fallu revoir complètement mon enseignement, mais heureusement j'avais de l'aide. Une spécialiste en sport adapté venait régulièrement. Jamais je n'ai passé autant de temps à préparer ce cours si particulier. Le plus difficile n'était pas la technique, mais plutôt l'acceptation par les autres de nouvelles règles. Ils avaient du mal à renoncer, ne serait-ce qu'un instant, à ce qui les valorisait. Je me suis rendu compte que les enfants aussi sont parfois conservateurs et peuvent rester crispés sur leurs privilèges. L'enfance n'est pas toujours le lieu enchanté que l'on présume. Il peut être cruel.

L'élève en question avait parfaitement intégré sa différence et accepté l'idée de sa présence dans un monde inhospitalier. Les autres pas tout à fait. .

Ce serait fastidieux de rentrer dans des détails trop techniques. Affaire de spécialistes. Il a joué, vraiment joué, et pas pris ça comme un médicament ou une potion magique, un emplâtre sur sa détresse. Il a joué avec d'autres au tennis de table, au volley et au basket (là, la règle du "marché" est devenue pour lui celle du "roulé" on limitait ses déplacements)

Ce faisant, il nous a ouvert les portes d'un monde que nous ignorions. C'est nous qui avons progressé. Ce fut ma dernière année d'école et symboliquement mon 5501ème élève, le dernier. Il était temps que je vive concrètement cette expérience.

Toute différence peut devenir une richesse à partager.

Où que tu sois, je ne t'oublierais jamais. Que la vie te soit douce à toi aussi mon garçon, ainsi qu'à tes parents si dévoués.

 

José Gomez



17/03/2013
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