Cité Blanche Gutenberg

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Chroniques des années "Bidon"

De l'extérieur, le bidonville apparaissait comme un amas de tôles et de fatras. Mais c'était seulement un trompe l'œil: une grande rue centrale sur laquelle se trouvaient des épiceries, des boucheries et même un coiffeur, si mes souvenirs ne me font pas défaut, permettait d'aérer un peu toutes ces baraques serrées les unes contre les autres. De cette artère, naissaient des ruelles sinueuses qui s'engouffraient dans le bidonville telles des veines.

Nous avons beaucoup souffert du manque d'hygiène. Toutes les eaux usées produites par les habitants du bidonville circulaient à ciel ouvert, elles infectaient l'atmosphère.

Nos parents avaient fabriqué des rigoles d'évacuation ("majrah") pour pallier ce gros problème. Mais certains jours d'été où la chaleur était à son paroxysme, l'odeur nauséabonde des eaux usées se répandait dans tout le bidonville. Nos mamans passaient leur temps à asperger d'eau de javel et de grésil les "majrah", pour assainir les lieux.

Je crois sincèrement que ces conditions de vie ont rapproché les gens. Ils étaient très solidaires et fraternels. Ils acceptaient cette misère puisqu'ils la partageaient tous ensemble. Ils ne se plaignaient jamais et ne faisaient pas de "vagues". Ils étaient devenus "invisibles" pour la société.

Je me pose toujours la question: comment a-t-on pu laisser vivre des centaines et des centaines d'êtres humains dans des conditions de vie aussi dégradantes ?

Et pour finir sur une note positive, ma mère disait en ce temps-là, peut-être pour se donner du courage et continuer à vivre normalement dans un cadre aussi précaire en gardant le moral.

"hadna l'ma fel heyt, ou el toh fel kheyt ".

Rkia Souni



19/02/2013
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