Cité Blanche Gutenberg

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La Montagne Magique

Nous vous proposons de reprendre ici l'histoire partagée présentée par notre ami Mohamed Taleb avec "La Montagne Magique".


Mohamed Taleb : "Je propose que chacun d'entre nous écrive quelques mots, quelques lignes voir quelques pages en laissant libre court à son imagination. Chacun à sa manière avec ou sans faute peu importe, créer des personnages, des intrigues, pour faire avancer et agrémenter l'Histoire de la « Montagne Magique ». La seule règle si tant est qu'il existe une règle c'est d'écrire dans le respect de l'autre.

A vos marques prêt feu partez !"


 

La Montagne magique

 


 

Chapitre 1

 

Le jour s'éclipse furtivement derrière la montagne magique. Elle se dresse avec fierté pour afficher cette puissance inerte. Les cimes sont là, elles se succèdent sur des kilomètres pour habiller ce paysage de hautes montagnes de l'Atlas, à l'image d'une succession de bosses de dromadaires?! Des faisceaux lumineux scintillent dans la splendeur céleste. Les couleurs éclatantes jaillissent de toutes parts et éveillent les sens originels de mère nature.
C'est un jour béni, ce jour que tout le monde attend avec impatience et dévouement. Ce jour si précieux qui permettra à chacun de partager voire de soulager une conscience parfois un peu trop lourde à porter.
Baba Ali, vieil homme de paix, scrute le ciel pour tenter de distinguer le premier quartier de lune tant convoité par les musulmans du monde entier, en ce mois sacré du ramadan. L'appel à la prière c'est tout ce qu'il aime faire et du haut de son minaret, il invite timidement le soleil à faire allégeance à la lune.
Omar, fils et arrière petit fils de montagnard, parti durant trois mois en transhumance, revient amaigri de ce long voyage. Son cheptel de moutons et quelques chèvres à poils longs est revenu revigoré après avoir brouté les bonnes herbes des hauts pâturages. La côte sur le marché à bestiaux est dors et déjà à la hausse. Le souk du vendredi sera certainement bondé et les tractations se font déjà sur les terrasses, un thé à la menthe à la main !
Dieu merci, la récolté d'or rouge fut meilleure que celle de l'an dernier. Omar cache secrètement une besace contenant une bonne douzaine de livres de fleurs de safran. Cette quantité était inespéré il y a quelques mois, vue la rareté des précipitations dans cette région aride.
Aujourd'hui, il est l'invité de marque des villageois. Les hommes les plus âgés qui n'ont plus la force de grimper « la verticale » avec leurs troupeaux, confient malgré eux leur patrimoine à un jeune berger de bonne famille et célibataire si possible. En ermite et durant de longues semaines sous une tente, Omar a fait paitre sur les sommets une centaine de bovins aidé par quatre chiens fidèles qui répondent aux doux noms de masmarh, koulab, boubi, et zarbout .
Omar est de cette trempe d'hommes garants de la parole donnée et assumée. Il respire l'authenticité de la montagne et de ce pays dans lequel ses ancêtres ont payé de leur sang leur liberté. En l'honneur de son retour, tout le monde s'affère aux préparatifs d'un dîner festif !
Très distingué, ce soir encore, Omar se présente en tenue d'apparat. Djellaba de soirée couleur pourpre, par-dessus, un splendide burnous en laine d'alpaga. Le clou du spectacle, c'est cette paire de babouche blanche en peau de chèvre, ornée de pompons dorés. Selon les échos du désert et les dernières critiques faites dans le caravansérail d'Arabie, la babouche modèle pompons, c'est le must, la quintessence du soulier. Présente sur les étales de Syrie et de Jordanie, elle fait des ravages et se vend comme des « petits pains ». Elles sont arrivées dans le vieux hanout des frères Safeer par je ne sais quel miracle ! J'imagine bien Omar en fin négociateur, l'échanger contre une ou deux fioles d'or rouge !
Le grand tajine en terre cuite est de sortie. Sa grand-mère Khadîdja qui se désespère de voir son petit-fils marié pour qu'enfin elle puisse faire sauter sur ses genoux sa descendance, se console comme elle peut en disposant délicatement les rondins de bois crépitant à la lueur des flammes. La cuisine s'organise à la belle étoile, les anciennes sont aux manettes, les plus jeunes exécutent les tâches un peu moins nobles mais tout se passe dans une atmosphère consensuelle et joviale. Les légumes, épluchés et tranchés par Mina, sa cousine, son aussitôt trempés dans l'eau de la rivière pour garder leur tonus. Mina, est une belle brunette aux cheveux longs et à la silhouette élancée. Sa beauté est un don du ciel qui la met très souvent mal à l'aise. Cette lumière naturelle qui se dégage de ses yeux noirs en forme d'amandes trahit parfois ses pensées. Elle garde un oeil vigilant sur la grosse marmite de cuisson pleine de chorba, l'autre scrute tel un épervier les moindres mouvements de son cousin. Sa hantise est de le voir céder aux champs des sirènes. Sa voisine Louisa, fille du forgeron rôde comme une hyène depuis qu'elle sait qu'Omar a des envies de voyages et de liberté !
Certains racontent que des villageois vivants dans les plaines sont partis au-delà des mers et son revenus avec des sacs pleins d'or ! Cette histoire n'est pas du goût des vieillards restés fidèles à leur montagne, ils craignent que cette légende se transforme en exode et que les jeunes s'en aillent vers un idéal lointain et incertain. Il aura suffit de quelques minutes de cuisson pour sentir les parfums s'entremêler de gingembre, de paprika, de curcumas accompagnés de légumes du potager et d'un agneau sacrifié pour l'occasion.
Des hordes de chats aux museaux fuselés et à l'estomac creux déambulent dans le secteur ! Ils gardent sans cesse les yeux vifs et les papilles en alerte dans cette cuisine de circonstance, à l'affût, pour arracher un quartier de viande, inespéré et disparaître dans la nuit noire !

 

Mohamed Taleb



03/08/2013
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